• Fait chier. Je suis encore bloquée dans les embouteillages. J'avais prévu de rentrer tôt à la maison, mais encore une fois j'ai été naïve ou prétentieuse comme on voudra. On ne peut jamais rien prévoir en bagnole. Et surtout pas de rentrer tôt chez soi. Certaine que c'est un accident à cette heure. Un camion contenant des esquimaux dans un vieil express bleu pourrave. Machinalement, je fouille dans mon sac. J'ai remarqué un truc pas rond chez moi : D'abord je fouille dans mon sac et ensuite je réfléchis à ce que je cherche. Mon téléphone pour prévenir mon homme que je vais arriver en retard ? Non, pas la peine, il y a France-Espagne, ce soir. Si je le fais déscotcher de son canapé pour lui dire une chose aussi futile alors qu'au même instant l'équipe de France déploie une fulgurante attaque contre l'équipe d'Espagne, il va me faire la tronche pendant des heures. Oublions. De toutes façon, y'a plus de batterie. Une clope ? Non, mauvaise idée. Et puis, franchement, j'ai pas envie. Oh, tiens, une photo de mon ex qu'est-ce qu'elle fout là ? Merde, il ne me reste plus que deux bonbons Mentos au cassis. Dingue comme notre équilibre mental dépend de ces petites merdes. Deux Mentos seulement. Comment vais-je faire pour tenir ? Derrière moi, un type dans sa grosse BM en forme de quatre-quatre klaxonne. Quel con ! De sa hauteur, Il voit pourtant bien qu'on ne peut pas avancer. T'as laissé ton cerveau dans ton attaché-case que tu as oubliée chez une pute quelconque cocaïnée ?! Grr, si j'avais une fourche, je te percerai tes quatre roues motrices et ton torse gonflé de coq vaniteux à deux centimes d'euro. Ou alors je te ferai des petits trous des petits trous plein de petits trous partout... Machinalement, j'allume mon radio-cassettes (marrant aussi comme je fais beaucoup de choses machinalement, va peut-être falloir que je consulte un psy)... Entre parenthèses, dans notre monde occidentalisé, moderne, à l'affût perpétuel de la dernière technologie martienne, j'ai encore un véhicule avec un radio-cassettes. Je me demande combien nous sommes à encore en posséder un. Pas plus de dix à mon avis. En même temps, c'est étonnant, je n'en tire aucune fierté. Faut dire quand on voit la gueule du véhicule, on comprend. Enfin, je me comprends. Enfin, ça n'a aucune importance ! Et gloups, un Mentos pour oublier ce que je viens de penser !

    A la radio, bien sûr, du foot. Je reconnais la voix de Guy Roux. Guy Roux, je le surnomme Colombo. On sait qu'il a une femme et on ne la voit jamais. Bien qu'il n'en parle pas quand on le voit, on ne pense qu'à elle. Et qu'est-ce qu'elle fait en ce moment ? Et à quoi elle ressemble ? Est-ce qu'elle le mène à la baguette une fois rentré à la maison ? Guy, mets tes patins ! Guy, les coudes sur la table ! Guy, fais voir tes dents ! Guy, interdit d'utiliser des termes de foot pour cette partie de scrabble, le foot, tu le sais, on n'en parle pas dans cette maison ! Moi, personnellement, je l'imagine pas plus haute que trois pommes avec la pointe du nez poilu et un regard super vif et brillant. Bon, mais c'est ma Mathilde Roux (oui, ça me plait Mathilde), on n'est pas forcé de l'imaginer comme ça.

    Donc, j'entends Guy Roux. L'homme est tout excité. D'après ce que je comprends, la France mène deux à un et c'est bientôt la fin du match. Les espagnols se ruent à l'attaque, cherchant à égaliser. La tension est palpable. A ma droite, au volant de sa 205, un petit jeune se mord les bouts des doigts. Je sais ce qu'il écoute. J'essaie d'imaginer mon homme à la maison, affalé sur le canapé, transpirant et serrant des poings les extrémités de son short. J'essaie de m'imaginer en lui, dans sa tête et son corps. Un espagnol tire ! Nom de dieu ! Ouf, interception française ! Mon regard croise celui du petit jeune. Nous nous sourions. On a eu chaud. Guy Roux annonce qu'il ne reste plus qu'une minute avant la fin du match. A cette heure, sa femme doit manger une compote de poire ou peut-être lire un roman à l'eau de rose dans le grand lit en bois, indifférente au morne son émis par l'horloge du couloir : tic-tac, tic-tac. J'ingurgite mon deuxième et dernier Mentos. Les espagnols repartent à l'attaque ! Au milieu de terrain, les français récupèrent le ballon ! Wiltord passe à Zidane qui fonce vers le but adverse ! Dribble, tir et goal ! Je pousse un drôle de cri et lève les mains en même temps que le petit jeune ! Nous nous sourions à nouveau. La France est qualifiée ! J'appuie à plusieurs reprises sur le klaxxon ! Le petit jeune fait de même. Derrière moi, par contre, le con dans son quatre-quatre s'est tu.

    Arianne Boz


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  • Pour voir le match, chuis allé avec Julie au Stade de Colombes. Là-bas, ils ont installé un écran géant. Tous ceux qui veulent se vider la tête peuvent s'y rendre, c'est gratos et moins relou qu'une église ou une mosquée. En arrivant d'ailleurs, j'ai reconnu plein de mecs, des galériens à temps plein. Je les ai salués de loin. Dire qu'avant j'en faisais parti. Heureusement, j'ai rencontré Julie. Ca fait trois mois que je suis avec. J'dois bien l'avouer, ça a changé ma vie. Elle est gentille, douce et tout. C'est marrant, j'pensais pas qu'un jour je planerai sans herbe.

    Julie m'a dirigé vers le bas des gradins, à l'opposé d'où se trouvaient les types que je connaissais. On s'est assis et le match a commencé. Au bout de vingt minutes, mon ventre a fait des gargouillis. J'avais la dalle. Et quand j'ai la dalle, chuis plus capable de me concentrer sur quoi que ce soit. Connaissant mon blème, Julie a posé sa main sur la mienne. « T'inquiète, mon coeur » a t-elle susurré à mon oreille « à la mi-temps j'irai te chercher un sandwich-merguezs avec des frites ». J'ai acquiescé et serré les dents. Les Français jouaient bien et ça me foutait les boules d'être mal. Parfois, devant mes yeux, des merguezs dégoulinantes de ketchup dansaient comme des tass' dans des clips RNB. Je transpirais comme un porc.

    Enfin, y a eu la mi-temps. J'ai voulu aller chercher ma bouffe au camion pourri garé devant le stade mais Julie a insisté le faire à ma place. Ok, j'ai dit, mais c'est moi qui paye et j'ai sorti le biffeton. Julie m'a souri, a pris le billet de 20 et disparu dans la foule des gens qu'avaient faim et soif. J'ai demandé un mouchoir en papier à un type à côté moi, mais il n'en avait pas. Derrière moi, deux types discutaient sur l'équipe de France. Ils étaient bien d'accord pour dire qu'elle avait eu trop d'occases en première mi-temps et qu'à ce niveau, c'était plutôt mauvais signe de ne pas marquer. Moi, au point où j'en étais, j'aurais été incapable de dire ce qui s'était passé trois quarts d'heure auparavant, j'avais trop les putains de crocs !

    Au fur et à mesure, les gens sont revenus à leurs places avec des sandwichs et des boissons. Sur le grand écran, les pubs ont fini et les faces crispées de cake de Thierry Gilardi, Jean Michel Larqué et Arsène Wenger sont apparues. Le match allait recommencer... J'ai regardé vers l'entrée du stade. Il n'y avait plus personne qui zonait à ce niveau maintenant. Je me suis remis à transpirer comme un porc. Qu'est-ce que foutait Julie ? J'ai redemandé un mouchoir en papier au type à côté de moi qui s'est énervé en me répétant qu'il n'en avait pas. Vers le haut des gradins, mes anciennes connaissances avaient l'air de se foutre de moi. Les poings serrés, je me suis levé et suis sorti.

    Direct, je suis allé vers le cametar tout pourri à brochettes et merguezs. « Tomates, salade, oignons ? » m'a tout de suite demandé le vieux type à l'intérieur en saisissant au bout d'une grande fourchette une molle merguez en sueur. J'ai fait un petit saut en arrière. Merde, comment pouvait-il deviner que j'adorais les merguezs ? Ce gars-là possédait-il un sixième sens pour savoir ça ? Tiens, lui l'a une tête à brochettes et lui, une à saucisses pas cuites. Par le pouvoir de la graisse de frite, j'vais te mayonnaiser l'bide jusqu'à ce que tu te le tiennes en grimaçant de douleur. Bordel de merde, face à de tels trucs zarbis, comment ne pas croire en l'existence d'extraterrestres et de mutants ? L'avait tout compris, Mulder. Toulouloulouloulou, toulouloulouloulou... Bon, sans perdre la face, j'ai décliné l'offre et j'ai demandé au type s'il n'avait pas vu une jolie demoiselle blonde avec une jupette et un tee shirt mauves. Aussitôt, son visage est devenu dur comme les gâteaux de ma grand-mère paternelle. « Ah celle-la » m'a t-il répondu « elle a dit que mes merguezs étaient nazes et elle est partie par là-bas ».  J'ai suivi des yeux la direction que me montrait son doigt. Tous mes cheveux se sont dressés. Putain de merde, Julie avait traversé le pont en direction d'Argenteuil !

    Là, je le dis tout de suite, j'ai rien contre les gars d'Argenteuil. Ils bouffent des grecs et fument des spliffs comme nous. Y'en a même qu'ont des scooters. Seulement, y'a pas mal de vicelards parmi eux. Et Julie avec sa p'tite jupette et son coeur gros comme l'Audi A8, elle ne risquait pas de faire long feu là-bas. Ses minutes étaient comptées. En conséquence, j'avais pas de temps à perdre si je ne voulais pas la retrouver comme un puzzle de 3000 pièces. Moi qui déteste ça, je me suis donc mis à courir vers le pont comme dératé (ouep, j'ai dû courir deux fois dans ma vie et deux fois c'était parce que j'avais allumé des pétards). Parvenu au sommet de la construction, je me suis arrêté. Un, parce que j'en pouvais plus, deux, parce qu'il y avait une magnifique vue à cet endroit, trois parce que Juliette, mon sandwich en main et toute souriante, venait à ma rencontre. « Putain » j'ai gueulé « t'es pas folle d'être allée à Argenteuil ?! T'aurais pu te faire lacérer !». Julie a ri, me tendant mon sandwich. « Ouep, mais si j'avais pris les merguezs pourries du cametar, t'aurais été malade ». J'ai jeté direct mon sandwich dans la Seine et ai serré Julie contre moi. « M'en fous d'être malade tant que je t'ai, toi ». « Oh, mon coeur ». Et on s'est violemment galoché.

    Ah oui, j'oubliais, au-dessus de nous, y'avait un magnifique soleil orangé.

    Et la France a gagné deux-zéro contre le Togo.

    Mickaël


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  • Notre téléphone sonne. Nous décrochons : « Allo ? »

    « Allo, c'est monsieur O, votre connaissance d'Allemagne, vous vous souvenez de moi ? »

    Nous raccrochons. Cinq secondes plus tard, notre téléphone se remet à sonner. Après une vingtaine de sonneries, nous décrochons, exaspérés : « ALLO ?!!!! »

    « Oui, c'est encore moi, monsieur O, je vous en prie ne raccrochez pas, ce serait stupide. Ecoutez, la dernière fois nous sommes partis sur de mauvaises bases, vous m'avez appelé en pleine digestion de rougail-saucisses, la constellation du singe forniquait avec celle du crapaud, c'était la pleine lune, ma chérie ronflait en faisant des bulles - vous savez, c'est un défaut horrible, une bulle de morve se forme à la narine, s'élève dans les airs puis éclate soudainement libérant le bruit  sourd et porcin du ronflement, horrible ! - tous les éléments étaient contre nous ! oups, je ne veux pas me chercher des excuses, j'ai ma part de responsabilité moi aussi, je le reconnais, mais si infime quand on y réfléchit, vous ne m'avez pas beaucoup aidé non plus, il faut dire »

    « Vous sembliez vouloir diriger la manœuvre ».

    « Diriger moi ?! Vous rigolez ! S'il y a bien une chose sage que j'ai appris dans ma vie c'est de ne pas diriger ! Pouf, diriger pourquoi faire ? Regardez les gueules et les estomacs des gens qui dirigent ! A vomir ! J'ai bien essayé un jour de diriger le chien de ma tante mais c'était pour lui faire plaisir. De toute façon, l'animal a bien senti mon manque de conviction puisqu'il a quand même fait un énorme étron puant dans sa salle à manger. Un petit caniche pas plus haut que ça, j'vous jure, on ne croirait pas que ça peut évacuer autant de matière. Un truc qui défiait les lois de la nature tant physiquement qu'olfactivement. Sincèrement. Comment s'appelait-il déjà ? Ah oui, Lucifer ! Je ne sais pas si son nom avait un rapport avec ses actes cacatesques, mais ma tante l'avait bien choisi. Attention, je ne dis pas cela parce que c'est ma tante, mais elle avait un sacré don pour choisir les noms de ses chiens... »

    « Très bien... »

    « Bon, mais je sens comme de l'énervement de votre voix, je ne vais pas vous faire languir plus longtemps, ouvrez grand vos esgourdes : Je suis en ce moment même chez mon épicier turc ! »

    « Ah... »

    « Fantastique, non ? Tenez, je vais lui passer mon portable pour qu'il dise quelques mots... Monsieur Sukur, comme à la répète s'il vous plait... »

    Monsieur Sukur : « Zidaneuuu, Thierry Henry, Platini »

    Monsieur O : « Si c'est pas beau ça ? Si ce n'est pas émotionnant ? Et si ça ne respire pas le mondial ?! Et ce n'est pas fini ! Dans son épicerie, monsieur Sukur a accroché plein de petits drapeaux ! Au rayon des fromages les drapeaux de la France ! Au rayon des pâtes les drapeaux de l'Italie, au rayon du coca, les drapeaux des Etats-Unis ! Mais ce n'est pas tout! Monsieur Sukur est allé encore plus loin dans sa volonté de fusionner avec cette fête miraculeuse qu'est le mondial de football ! Allons, vous ne devinez pas ?! Mais oui, Monsieur Sukur a installé un téléviseur près de la caisse afin que ses clients puissent suivre tous les matchs de cette compétition ! Et tenez, o joie et espoir ! Justement à cette heure une rencontre passe sur la troisième chaîne ! »

    «  Ah oui  ? Et de quelle rencontre s'agit-il s'il vous plait ? »

    « Attendez, je m'approche. A vrai dire, je n'arrive pas à bien distinguer, tous les joueurs se ressemblent »

    « Ah bon ? Comment cela ? »

    « Bin oui, ils ne portent pas de maillots. En fait, la seule chose qui permette de les identifier sont leurs bonnets. Certains portent des bleus, d'autres des rouges. Maintenant, je serai incapable de vous dire quelles sont leurs nationalités. Je suis vraiment stupéfait : C'est la première fois que je vois des footballeurs jouer dans une piscine et qui plus est avec les mains...

    Nous raccrochons.

    Monsieur O


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  • Quand je suis entré dans le bar, la deuxième mi-temps du match était entamée depuis une demie-heure. Il n'y avait pratiquement personne dans la salle. A une table au fond, deux jeunes étaient en train de jouer aux dames. Un petit vieux se tenait tant bien que mal accoudé au comptoir devant un petit blanc plus très frai. Portant un vieux maillot de la Hollande, le barman, un torchon coincé sous son bras droit, fixait d'un oeil maussade le match de foot sur l'écran du téléviseur. Je me suis allumé une cloppe et ai commandé un deume. Toute l'après-midi, j'avais erré dans la ville et la chaleur suffocante, comme ça,  juste pour le fun. J'avais extrêmement soif. En me servant ma boisson, le barman a cru bon de m'informer du déroulement de la rencontre : « En première mi-temps z'ont marqués, but de Thierry Henry mais là maintenant font plus rien ». « Valent pas un pêt de mon trou de balle artificiel ! » est intervenu le vioc en se ratatinant comme une bête apeurée prête à mordre. « Ta gueule, Jean-Ba » lui a aussitôt ordonné le barman. « Mais c'est vrai » s'est défendu le vioc en montrant d'une main tremblante le téléviseur « jouent comme des chèvres, tu mettrais des bittes d'amarrage  à la place, tu verrais pas la différence ». « Ou des nains de jardin » ai-je pensé dans mon coin, j'ignore pourquoi. J'ai bu de longues gorgées de ma bière. Dieu que c'était bon ! A vrai dire, je n'aimais pas spécialement cette marque de bière et en temps normal, si j'y avais pensé au moment de commander, j'aurais pris une autre bière. Mais là, franchement, n'importe quelle bière aurait fait l'affaire, tant j'avais soif et étais naze. Une bonne bière, on dira ce qu'on voudra, mais ça vous soulage du poids dingue du monde en quelques gorgées ! On se sent comme une ballerine dans la tête ! Et on va de pas chassés en pirouettes jusqu'à la prochaine tournée. A la tienne, Etienne ! Au moment où j'ai commandé un deuxième demi, un commentateur à la télé s'est inquiété du fait que Zidane se soit à nouveau pris un coup. « Ce Gilardi » a fait le barman en me servant mon verre « c'est la mère poule de l'équipe de France. A l'entendre, on croirait qu'il a accouché des 23 joueurs le jour de leur sélection ». « Ouep » a ajouté le vioc « avec cette pleureuse de Larqué, ils font bien la paire ». « Comment ?! » me suis-je écrié « Il n'est plus là, Thierry Rolland ?! ». Le vioc et le barman m'ont dévisagé puis échangé pendant quelques secondes des regards tristes. Buvant cul sec son vin, le vioc m'a annoncé la terrible nouvelle : « Mais il est mort, Thierry Rolland ! T'habites dans une grotte ou quoi ? ». J'ai serré fébrilement mon verre. « Mais il est mort quand ? » ai-je demandé, affolé « Et comment ? ». « Quand ? On ne sait pas trop » a repris le barman « Et comment, y'a plusieurs versions : Certains disent qu'il s'est fait bouffer par un requin blanc en plein Pacifique, d'autres racontent qu'il s'est reçu une boule de pétanque en pleine poire alors qu'il faisait ses courses au Carrefour de Sannois... En fait, les causes de son décès restent obscures, mais une chose est sûre, il est bel et bien mort comme 2 et 2 font quatre, pas vrai Jean Ba ?! ». Le vioc a craché par terre puis a signalé au barman d'un imperceptible mouvement du menton qu'il voulait un autre vin blanc. Machinalement, j'ai porté mon verre à mes lèvres et l'ai incliné. La bière n'avait plus le même goût magique. Trop chaude, trop acide et gazeuse. Beurrrk. Pour la première fois, j'ai jeté un regard sur l'écran du téléviseur. Le visage dégoûté, un défenseur français courbait l'échine pour ramasser le ballon au fond de ses buts. A neuf minutes de la fin du match, les Sud-Coréens venaient d'égaliser.

    Gérard Clampin

     


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  • Nous avons tous nos démons. Enfant, ces démons ont l'apparence du grand méchant loup, de l'ogre affamé ou encore de la vilaine sorcière. Puis nous grandissons et suivant nos mauvaises expériences, leurs aspects changent et se diversifient. Il peut s'agir d'un pot de confiture aux pruneaux qu'une grand-mère acariâtre nous obligeait à ingurgiter à la grande cuillère, tout comme cela peut-être un inoffensif nain de jardin simplement parce que notre tyrannique et colérique patron en possède une quarantaine dans son bureau. En général, si nous avons le malheur de croiser sur notre chemin soit le pot de confiture aux pruneaux, soit le nain de jardin, soit les deux, nous perdons tous nos moyens. La personne insouciante et joviale qui était en nous se carapate laissant place à un être bredouillant et misérable. Nous ne sommes plus capables de rien faire, et si nous faisons quelque chose, nous le faisons mal. A mesure que nous nous emmêlons les pinceaux, le pot de confiture aux pruneaux et le nain de jardin grandissent et grossissent. Nous le savons, si nous ne parvenons pas à nous maîtriser, ils nous écraseront finalement de leur omniprésence.

    Après avoir vu le match France-Suisse, on peut légitimement se demander si l'équipe de France est parvenue à exorciser son démon, je veux bien sûr parler de la catastrophique coupe du monde de 2002. Ok, certains joueurs sont trop vieux et auraient mieux fait d'aller jouer à la pétanque à Marseille plutôt que de venir en Allemagne. De même, le coaching de Domenech est douteux, mais l'homme est douteux, il n'y a donc pas quoi s'étonner. Quant à la façon moribonde dont l'équipe se meut, elle peut émouvoir l'adversaire par certains côtés. Aussi, ces raisons ne suffisent pas à expliquer la pitoyable prestation de l'équipe de France contre la Suisse. Non, à l'heure actuelle et comme nous l'avons dit plus haut, une seule nous paraît évidente : Les joueurs de l'équipe de France ont peur. Se souvenant de leur calamiteux premier tour en Corée du sud, ils sont paralysés à l'idée de perdre les matchs qui se présentent à eux. Le spectre de 2002 les hante et les étreint. Ils ne sont plus capables ni de courir, ni de contrôler un ballon ou d'accomplir une touche. A leurs yeux, les joueurs adverses sont d'immenses pots de confiture aux pruneaux ou nains de jardin. De purs cauchemars riant à gorges déployées.

    Ce soir, contre la Corée du sud, l'équipe de France devra à nouveau faire face à son démon. On s'en doute, les pots de confitures aux pruneaux et nains de jardin referont leur apparition. Cela est clair, seule une volonté sans faille, une grande abnégation ainsi qu'un mental de guerrier sanguinaire permettront de les vaincre. Dans le cas contraire, l'équipe de France connaîtra une de ses pires humiliations (si ce n'est la pire) et rentrera à la maison, le short au niveau des chevilles. La phrase « jouer comme des bleus » n'aura alors jamais aussi bien exprimée sa signification.

    Peter Smash de « Vive le Sport ! »


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